RnB, Hip-Hop, Pop : l’impact de SZA sur l’industrie musicale

Par Lou-Marco Crepelle

Il y a quelques semaines, SZA, considérée comme une artiste de RnB moderne, déclare qu’elle ne veut plus être catégorisée comme telle. Elle pense que ce statut lui est attribué à cause de sa couleur de peau et qu’il est réducteur quant à sa diversité de proposition. Une déclaration qui remet sur la table la question de la différence entre Rap et le RnB.

“The only reason I’m defined as an R&B artist is because I’m Black. It’s almost a little reductive because it doesn’t allow space to be anything else or try anything else.” C’est la réponse de SZA lorsque le magazine britannique Dazed lui demande de définir sa musique. SZA comme artiste RnB, c’est aussi la réponse de la majorité des personnes qui l’écoutent et même de l’industrie.

En effet, sur ses deux albums studios, CTRL (à gauche) et SOS (à droite), l’artiste explore beaucoup de genre musicaux : Rap, Pop, Country, et bien sûr le RnB. Et si ce dernier est effectivement majoritaire, la force de SZA réside justement dans sa capacité à produire des morceaux très variés mais toujours de qualité.

SZA : ses inspirations RnB au service d’une plus grande diversité

Certes le RnB fait amplement partie de ce qu’elle produit, dans les inspirations comme dans les sosnorités, mais la cataloguer uniquement comme artiste RnB serait une erreur, tant sa palette de propositions est large. Son dernier album et d’ailleurs marqué par des propostions audacieuses, comme F2F, un morceau presque rock avec une batterie acoustique et des guitares électriques.

On la voit aussi très proche du Rap, collaborant avec des artistes comme Kendrick Lamar sur all the stars, Travis Scott sur Love Galore ou encore Don Toliver sur Used. Et même en dehors des collaborations, certains de ses morceaux solo ont des sonorités ou une diction plutôt Hip-Hop, comme Smoking on my ex pack ou Low.

RnB et Hip-Hop, deux genres à la fois différents et complémentaires

Cette frontière entre le Rap et le RnB est d’ailleurs toujours questionnée, avec deux mouvements qui s’inspirent mutuellement tout en restant uniques. La différence première que l’on évoque entre le Rap et le RnB, c’est la manière dont l’artiste utilise sa voix.

Dans le rap, l’artiste se concentre plutôt sur la diction et le flux de mots. Dans le RnB, l’accent sera davantage sur le chant et la mélodie. On pourrait évoquer une différence dans les productions, avec des rythmes plus lents et légers pour le RnB. Mais les genres étant tellement mélangés, il est difficile aujourd’hui de définir les productions comme un paramètre réel.

La différence entre le Rap et le RnB est un sujet très prenant, et il est traité sous toutes ses formes (ou presque) dans le dernier épisode RnB Talks de notre podcast Memory Lane : secrets de scène & de studio.

Quant à SZA, vous pourrez la retrouver sur la scène de We Love Green (Paris) le dimanche 2 juin 2024.

Article rédigé pour SOUNDS SO BEAUTIFUL




Kota The Friend’s Best Lyrics from Lyrics to Go Vol.5 | A journey to serenity

Par Lou-Marco Crepelle
Photograph by Anne-Sophie Benoit for Sounds So Beautiful

Kota The Friend recently celebrated the 5th anniversary of his series Lyrics to Go. A project that had him stand out as a lyricist and not just a Hip-Hop MC, but a Neo-Soul artist too, constantly seeking self-development and making therapeutic music to nourish his mind and soul.

He’s just finished his European tour, playing in Paris for the very first time, at Cabaret Sauvage.

Photograph by Anne-Sophie Benoit for Sounds So Beautiful

Released on January 25, Kota’s latest album The Friend promises to be the refreshing continuation of his Lyrics To Go series. In this fifth volume, Kota continues to travel, both physically and spiritually. Sounds So Beautiful offers you a lyrical analysis of his journey.

From the first lines of the album, it is Kota’s maturity that stands out with this sentence. Aware of the ephemeral nature of life and the importance of taking care of those we love, his dreams are transformed into missions, into true life goals. It also affirms his determination to continue doing what he loves for those he loves.

Dreams turn to missions
Family first, livin’ ’til I’m sleepin’ with the fishes

Kota The Friend – Beijing

Still in this idea of knowing oneself and others better, Kota emphasizes the fact of choosing one’s relationships carefully. To improve yourself and rise up, you have to be surrounded by people who pull you up and who want you to succeed. You should also not pay attention to selfish people, who talk about things they don’t know and who are not able to think by themselves.

People bickerin’ ’bout all this shit they think they know
We only kickin’ it with people that could think on they own

Kota The Friend – Beijing

For those who still doubted about it, Lyrics to Go Vol.5 is indeed a travel, as the cities in the song names indicate. The rapper looks back on his memories in different cities – Tulum, Milan, Vienna – but also in specific geographical locations – Backstage in Minneapolis, Alabahama Hills… Kota describes this journey to us with simple moments but filled with serenity.

UNO on the beach, sippin’ liquor in a lake house,
Blessins always fallin’ from the sky, get the rake out

Kota The Friend – Big Bear

This serene journey is troubled when Kota remembers his own misfortunes, including a complicated love affair. But he also remembers the misfortunes that humans experience all around the world, especially in times of war. He expresses this return to lucidity in Backstage In Minneapolis: he speaks about the behinds of the utopian journey.

But maybe if you tell me what’s hurting I probably understand it
I fuckin’ love you won’t you understand it

Kota The Friend – Backstage In Minneapolis

Loading up another cannon
Bombing everything in sight
Don’t care where the fuck it’s landing
So it’s up to me to end the war

Kota The Friend – Backstage in Minneapolis

After this raw return to reality, the songs are gradually filled with confidence and hope in what he is now and what he will become.

A n*gga free, never living enslaved, until I’m digging my grave

Kota The Friend – Yuma

We feel a real recovery after the questioning. From now on, there is no room for doubt, only confidence and ambition.

It feels good knowing what I’m seeking is seeking me
It feels good knowing all my people can see the dream

Kota The Friend – Evergreen

Out in Evergreen, we can move a fuckin’ mountain
And everything around it, that’s really how I feel

Kota The Friend – Evergreen

At the end of the album, he even goes so far as to pass on this hustler mentality to his daughter. Thanks to this, Kota shows that he has managed to find inner peace, that he is now able to know what to teach his daughter and what values to instill in her. Even if it was disturbed throughout the album, we find once again the serenity of the beginning.

And my daughter that’s my lil twin, fuck a gender role
She ain’t accepting how it is, she gonna set the tone
Black and educated, yes baby, get ya own
My mamma strong, love to see these women gettin’ bold

Kota The Friend – Vietnam

Photograph by Anne-Sophie Benoit for Sounds So Beautiful

Article written for SOUNDS SO BEAUTIFUL




Nelick : “Mon Coeur Bat”, un album à vivre intensément

Par Lou-Marco Crepelle

Bien que ce ne soit que son premier véritable album, Nelick n’en est pas à son coup d’essai dans la musique. Après de nombreuses sorties depuis 2017, et notamment l’EP Oceans qui le révèle à un plus large public, l’artiste de 27 ans est enfin prêt à nous délivrer son premier album : Mon Coeur Bat.

Et le message de ce disque est simple : ressentir toutes les émotions possibles, autant négatives que positives, pour se sentir vivant, pour sentir son cœur battre.

Un message fort : tout expérimenter pour se sentir vivre

Cette pensée, il la retranscrit parfaitement bien à travers les 14 morceaux qui composent l’album. Des morceaux tantôt joyeux, tantôt mélancolique, tantôt groovy. C’est justement là que réside la force de cette proposition : notre coeur bat vraiment durant l’écoute, avec des moments d’euphorie, de douceur et de tristesse.

Et si l’on pourrait croire qu’une telle diversité d’ambiances nuit à la cohérence de l’album, ce n’est pas le cas. Les productions de Kofi Bae sont aussi uniques que complémentaires, et les textes de Nelick sur celles-ci font qu’aucuns moments ne se ressemblent.

Nos cœurs sont congelés, je l’aime quand elle m’aime plus, elle-même m’aime plus quand je l’aime

Nelick – DES BEES, DES TRUCS ET DES FLOWERS

L’amour comme fil conducteur

Parmi les nombreuses émotions que Nelick exprime, l’amour est sans doute la plus présente de toutes. Un amour impossible dans …LOVE IS GONE, un amour idyllique dans MARMELADE ou un amour tourmenté dans POLAIRE, le sujet est tourné sous toutes ses formes.

Si ça tenait qu’à moi, j’aurais préféré qu’il n’y ait pas de fin mais tu te sens seule, même dans mes bras donc je sais pas quoi faire

Nelick – …LOVE IS GONE

On est broke tous les deux donc personne paye le resto, elle cherche un film pendant que je lui fait des pâtes au pesto

Nelick – MARMELADE

Une palette d’émotions au profit d’une introspection

Mon Cœur Bat est marqué par une introspection constante puisque Nelick dépeint souvent ses défauts, notamment au sein de ses relations. Mais cette personnalité est exprimée et illustrée par des phases dans lesquelles tout le monde s’identifie, ce qui rend les textes touchants même lorsqu’ils ne rappellent pas un souvenir précis.

Parfois j’ai l’impression que je mérite pas tout ce que je vis, parfois j’ai l’impression que je le vis pas

Nelick – DES BEES, DES TRUCS ET DES FLOWERS

Ce côté introspectif est poussé au maximum dans JE PLEURE QUAND MA MÈRE PLEURE, quatre minutes de mélancolie qui contrastent avec la légèreté des autres morceaux par sa profondeur, son intimité et sa sincérité.

Du mal à vivre le moment présent, la dernière fois que j’ai enlacé mon père, je pensais à autre chose
Ça fait deux ans qu’il est, ça fait trois ans qu’il est parti, je sens encore sa présence partout

Nelick – JE PLEURE QUAND MA MÈRE PLEURE

Avec Mon Cœur Bat, Nelick prend confiance en faisant une musique qui ne ressemble à personne d’autre que lui. En assumant sa vulnérabilité, il parvient à transmettre des émotions avec des mots simples mais justes.

Un album rafraichissant aussi bien pour sa légèreté que pour les questions existentielles qu’il soulève.

Article rédigé pour SOUNDS SO BEAUTIFUL




Comment Mick Jenkins nourrit sa créativité dans The Patience

Par Lou-Marco Crepelle

En 2014, Mick Jenkins dévoile The Water[s], mixtape presque narrative évoquant les concepts étroitement liés de liberté et de spiritualité.

De cela découle une certaine reconnaissance par la scène underground comme artiste émergent de la nouvelle vague de Chicago.

Avec The Patience, Mick Jenkins change de cap pour faire ce qui lui correspond vraiment : un hip-hop incisif aux inspirations jazz.

The Patience, le renouveau de Mick Jenkins

Crédit photo : Anne-Sophie Benoit

The Patience sonne comme une renaissance, un nouveau départ pour celui qui se destine comme prochain grand rappeur de Chicago.

Et si Mick a toujours paru sage et critique à l’égard de son environnement hostile, il apparait ici comme enfin prêt à libérer l’étendue de ses capacités.

Il semble lassé de l’unique reconnaissance underground et impatient de présenter son art à un public plus large.

“Ain’t under no spell, I’m hungry as hell”

Michelin Star – Mick Jenkins

The Patience, un message plus direct

Crédit photo : Anne-Sophie Benoit

Là où ses précédents disques possèdent un fil rouge et un message précis, souvent dilué dans des métaphores philosophiques, le propos dans The Patience est plus simplifié, sans pour autant être dénué de sens. Largement inspiré par le jazz depuis ses premiers morceaux, cette influence se concrétise d’autant plus dans ce disque, dans les sonorités comme dans l’état d’esprit.

“I love to create a pattern just to break it, and I think that is very much within the soul of jazz”

Extrait d’une interview accordée à la National Public Radio (NPR)

The Patience, ou le jazz au service du Hip-Hop

Crédit photo : Anne-Sophie Benoit

Véritable renaissance personnelle et artistique, l’album est marqué par une nouvelle recette particulièrement efficace.

Une batterie clinquante et sans artifice, un sample de jazz et une basse envoutante. Rajoutez la voix incisive et l’aura captivante de Mick Jenkins et cela donne d’excellents morceaux comme Sitting Ducks ou Pasta.

Et l’impact du jazz est directement visible, Mick Jenkins semble désormais plus libre que jamais. Comme il le déclare pour conclure l’album, il a trouvé ce qui lui correspond parfaitement, il est confiant et il sait où il va.

“I’m just now stepping into what I feel like is full agency over my creativity, my artistry, my business, and even myself as a man.”

Mop – Mick Jenkins

Article rédigé pour SOUNDS SO BEAUTIFUL




Les Flammes : la cérémonie en faveur de l’inclusion des cultures populaires

Par Lou-Marco Crepelle

Le 25 avril prochain se tient la deuxième cérémonie des Flammes, cérémonie qui récompense la culture urbaine (Hip-Hop, RnB…).

Comme l’année précédente, le Théâtre du Chatelet (Paris) accueille la remise des prix pour les artistes nominés. Retour sur les objectifs et enjeux d’un tel évènement.

Le projet des Flammes émerge l’année dernière avec comme objectif principal de créer une cérémonie dédiée à la culture Hip-Hop.

Cela faisait déjà de nombreuses années que les cérémonies généralistes comme les Victoires de la Musique manquaient de légitimité dans les catégories et les jugements qui entourent cette culture. Le rap y était peu représenté, et surtout n’était jugé ni par des auditeurs réguliers, ni par des experts du milieu.

Les quelques propositions Hip-Hop était parfois incohérentes au vu de l’impact que certains absents des nominations avaient eu tout au long de l’année.

Les Flammes : la promesse et l’ambition de cette nouvelle cérémonie

La tournée des votes Les Flammes s’est déplacée dans plusieurs magasins Fnac à Marseille, Lyon, Paris et Nancy.

La promesse des Flammes est alors de permettre de juger les propositions du Hip-Hop et de ses sous-genres par des experts du genre, ou a minima des auditeurs aguerris, ce qui n’était ni le cas, ni la prétention des Victoires de la Musique.

Cela se traduit par la possibilité pour le grand public de s’impliquer dans le vote des treize catégories principales.

Les neuf autres sont exclusivement réservées au vote d’un jury d’experts nommé par les organisateurs, les médias Yard et Booska-P. Il est composé d’acteurs de la scène Hip-Hop en France, principalement des journalistes et des professionnels de l’industrie.

Toujours dans ce souhait de mieux représenter la culture Hip-Hop, les catégories sont diverses et traitent de tous les pans de cette culture.

Il existe aussi bien une Flamme pour la révélation masculine et féminine, une autre qui récompense le/la meilleur.e compositeur.rice, et une autre encore récompensant le meilleur clip.

Ronisia s’est vue récompensée de la Flamme de la révélation féminine en 2023.

Et si le pari était une cérémonie qui évolue aussi vite que le fait cette culture, Les Flammes sont dans la bonne direction.

Cette deuxième édition est déjà empreinte de nouveautés avec l’ajout de certaines catégories, comme la Flamme du morceau caribéen ou d’inspiration caribéenne.

Doliprane, Toxic et Jack Sparrow sont les trois morceaux nominés pour la Flamme du morceau caribéen ou d’inspiration caribéenne.

Ces nouveautés s’inscrivent bien dans la démarche du projet, qui est de mieux représenter les cultures qui ont un grand impact sur la musique, et qui sont pourtant oubliées par les cérémonies généralistes. Et d’un autre côté, si elles récompensaient toutes les cultures, ce serait sans fin. C’est donc bien d’avoir une cérémonie dédiée à cette culture.

Alors, créer des récompenses plus légitimes que celle des cérémonies grand public c’est une chose, mais encore faut-il que les acteurs de l’industrie musicale – artistes, labels, médias – répondent présents. Les Flammes ne sont légitimes que si l’industrie les juge comme telles.

Une deuxième édition qui confirme la confiance de l’industrie

Dès le début, la proposition a été prise très au sérieux, avec de nombreux partenaires comme Spotify, Samsung ou encore le Centre National de la Musique (CNM). Les médias aussi sont vite montés dans le train, relayant à grande échelle la cérémonie et prenant leur rôle très à cœur pour ceux qui participaient directement au vote.

Shay a signé son retour avec un show mémorable lors de la cérémonie des Flammes 2023.

Enfin, du côté des artistes, ils ont accueilli Les Flammes très positivement, à l’image de Shay, Tiakola ou Gazo qui ont performés en direct, montrant leur investissement dans une cérémonie qui n’existait pourtant pas deux jours plus tôt. Mieux encore, l’ensemble des artistes récompensés semblaient sincèrement ravi de cette reconnaissance et prenaient au sérieux la signification de « recevoir une Flamme ».

Il est encore un peu tôt pour se demander si Les Flammes sont au niveau et relèvent réellement le défi. Cette année ne marque que la deuxième édition et ce serait hâtif que de tirer des conclusions aujourd’hui.

Néanmoins, la première édition s’est déroulée sans encombre, avec une remise des prix bien huilée et une bonne organisation, du moins vu de l’extérieur. Pour rendre la cérémonie encore plus épique et mémorable, peut-être les organisateurs mettront ils l’accent sur les performances live des artistes, pouvant faire naître de réels moments d’histoire.

A voir ce que nous réserve cette deuxième édition, retransmise en direct sur Twitch et W9.

Article rédigé pour SOUNDS SO BEAUTIFUL




Basile Ferier : « Cosmuse, un évènement pour casser à la fois les frontières musicales et sociales »

Par Lou-Marco Crepelle

Si de nombreux projets émergent chaque année à Lyon, Cosmuse est certainement un des plus marquants de ce début d’année. L’ambition est claire : une soirée, marquée par la prestation de plusieurs artistes, organisée pour les étudiants, par des étudiants. Basile Ferier, étudiant en communication, est l’un des organisateurs de Cosmuse. Il a accepté de m’accorder un entretien, l’occasion pour lui de raconter la création et l’organisation d’une telle soirée, des coulisses jusqu’à la scène.

Basile Ferier, co-organisateur de Cosmuse. Photo par Lou-Marco Crepelle

Comment t’est venu l’idée de Cosmuse ?

L’idée part d’un projet qu’on devait mener au sein de l’EFAP, l’école de communication dans laquelle j’étudie. On devait proposer un évènement fictif ou réel autour du thème de notre choix. Avec plusieurs amis fans de musique, on a tout de suite pensé à organiser une soirée avec des concerts.

Comment vous vous y êtes pris pour organiser un tel évènement ?

Même si on avait le choix entre quelque chose de fictif ou de réel, la question ne s’est jamais vraiment posée : on voulait que cette soirée ait lieu. Pour les artistes, ce sont principalement des connaissances plus ou moins proches de notre entourage, mais pas seulement. Par exemple, j’ai rencontré par hasard le collectif de rappeurs Silverstraww. Ils essayaient d’organiser un concert sur une place à Saint-Étienne. Et malgré le mauvais matériel et le son pourris, ils dégageaient une vraie détermination et une envie de partager leur musique. Quand je leur ai proposé de venir, ils ont accepté directement, comme une évidence.

Que signifie le nom Cosmuse ?

C’est une des dernières choses du projet qu’on a trouvé. On a contacté La Marquise, qui est une péniche qui organise des concerts à Lyon. Ils ont accepté de nous prêter gratuitement la salle, mais ils avaient besoin du nom de l’évènement pour nous programmer. Et on s’est dit que ce qui était super dans cet évènement, c’est le fait qu’on vienne tous d’un endroit différent, avec de la musique différente, et qu’on arrive à proposer cette diversité. Il y avait donc un cosmopolitisme dans le groupe, et sachant qu’on fait de la musique, on a décidé d’allier les deux pour faire Cosmuse. Après tout, on a eu 6 groupes radicalement différents. Les Karlitaz font du rock, Selma Kara fait de la pop et du RnB, Silverstraww et Kez font du rap, Bazz fait de l’électro et Blindsound de la techno. On avait un line-up très éclectique, ça représentait bien l’ambiance de découverte et de diversité qu’on voulait donner.

Pourquoi c’était important pour toi que cet évènement soit gratuit et ouvert à tous ?

Au-delà de se faire plaisir, l’objectif était de proposer un évènement accessible à tous. Notre communauté est principalement composée d’étudiants, donc on ne voulait pas que l’argent soit un frein pour profiter de l’évènement. Pour nous, la musique, c’est clairement un moyen de réunir les gens, et ça doit rester en dehors de l’argent. Et pour le coup, on n’a pas payé les artistes, donc on avait aucune raison de faire payer l’entrée. Aussi, ça montre bien que les artistes n’étaient pas venus pour gagner de l’argent, mais pour partager un moment avec le public et avoir un peu de visibilité.

Est-ce qu’il y aura une suite au projet ?

Franchement, j’aimerais beaucoup ! On a passé un super moment et on a pu proposer un évènement qui casse à la fois les frontières des genres musicaux et celles des classes sociales. Peut-être que ça pourrait devenir un rendez-vous trimestriel, qui permet à la fois de mettre en lumière des artistes qui n’ont pas beaucoup de moyens et d’organiser une soirée où les gens se retrouvent.




« Le vinyle permet de découvrir la musique autrement » : le Tiki Vynil Store, la passion du disque comme moteur

Par Lou-Marco Crepelle

Dans le dédale de ruelles des pentes de la Croix-Rousse, le Tiki Vynil Store est, depuis presque 10 ans, une référence pour les amateurs de vinyles. Sarah nous fait découvrir les derrières d’un métier passionnant à destination des passionnés.

L’ambiance chaleureuse du magasin se ressent au premier coup d’œil. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Lorsque l’on pousse la porte du Tiki Vynil Store (Lyon 1er), le ton est déjà fixé. Des étagères en bois qui regorgent de vinyles colorés, des lumières tamisées qui nous font nous sentir comme à la maison. C’est l’ambiance qu’a voulu donner Ludo lorsqu’il a créé le magasin en 2014. Et même si c’est dorénavant Sarah, une ancienne cliente, qui a la charge de la boutique, l’atmosphère reste la même.

L’indépendance, un pari qui n’a pas de prix

« En tant que disquaire, on s’intéresse à tous les styles. C’est l’inverse de l’image qu’on se fait du vendeur de disque, puriste et antipathique. Il faut faire preuve d’une grande ouverture ». Sarah choisi avec soin les disques qu’elle propose aux clients, toujours dans l’optique de diffuser la culture musicale. L’avantage d’être disquaire indépendant, c’est qu’elle peut choisir de ne pas suivre une mode, ou justement de mettre en avant des artistes émergents qui n’auraient pas une telle opportunité avec les grosses chaines de magasins.

L’inconvénient de l’indépendance, c’est l’aspect financier. Les grands revendeurs fonctionnent en dépôt vente, à savoir qu’ils n’achètent le disque aux distributeurs que lorsqu’ils l’ont vendu en magasin. S’ils n’écoulent pas ce qu’il y a dans leurs rayons, cela n’a pas d’impact réel, puisque les étalages ne sont qu’une vitrine. Quand le Tiki Vynil Store choisi d’acheter un certain vinyle pour le mettre dans ses bacs, il est d’ores et déjà payé. S’il n’est pas vendu, le magasin se retrouve avec du stock sur les bras. Mais malgré cette problématique, Sarah affirme que « la liberté de proposer les disques que l’on souhaite n’a pas de prix ».

Le Tiki Vynil Store dispose de plus de 4000 références de disques, tous styles confondus. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Le regain de popularité des vinyles au service de la passion

Pour Sarah, le retour des vinyles sur le devant de la scène n’est pas juste une bonne chose pour ses finances. Dans une industrie où la musique est devenue un véritable objet de consommation, le vinyle permet de prendre à nouveau le temps d’écouter les œuvres des artistes. « Si l’artiste met ses morceaux dans cet ordre ou dans ce même album, c’est qu’il y a un sens à tout ça. Le vinyle permet d’écouter les albums d’une autre manière, l’œuvre dans son entièreté ». Et s’il semble compliqué de profiter d’un disque à l’heure où tout tient dans son téléphone, c’est justement tout l’intérêt du vinyle. Une oreille attentive plutôt que distraite, un objet physique plutôt qu’un simple swipe, et l’écoute prend une tout autre dimension.

La boutique ne propose que des vinyles neufs, mais on y retrouve aussi bien des musiques actuelles qu’anciennes. Photo par Lou-Marco Crepelle.



Comment le rap est-il devenu le genre le plus populaire de nos jours ?

Par Lou-Marco Crepelle

Que ce soit à New-York ou à Paris, pendant une cérémonie des Grammy ou simplement dans la rue, le Hip-Hop a fêté ses 50 ans en 2023. En France, cet anniversaire a été célébré par de nombreux évènements, démontrant encore une fois la force et le dynamisme de cette culture. Et si le rap était déjà reconnu aux Etats-Unis dans les années 1990-2000, il n’a pas toujours attiré le grand public français. Alors comment le rap, qui semblait destiné aux classes populaires, est-il devenu le genre le plus populaire ?

Le rappeur Kendrick Lamar acclamé par un large public aux Ardentes 2023. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Les années 1990 ont vu grandir de gros noms du rap américain, comme Tupac, Jay-Z, Eminem et bien d’autres. Si le rap a bénéficié d’une grande exposition aux Etats-Unis, avec des magazines comme The Source¹ lancé en 1988, ou avec des récompenses aux Grammy à partir de 1996, il a plus de mal à se faire une place dans le paysage médiatique français. Malgré plusieurs tentatives pour apporter cette culture sur le devant de la scène, comme l’émission H.I.P H.O.P sur TF1 en 1984, le rap n’est qu’à ses débuts et reste de niche. Et malgré son exposition grandissante au fil des années, il est encore considéré comme un genre incompris. Néanmoins, il a bénéficié, depuis les années 2010, d’une ascension fulgurante, en devenant le genre le plus écouté en France. Cette hausse de popularité est explicable par de nombreux paramètres.

Le Hip-Hop, un produit marketing de forte influence

Tout d’abord, le rap doit son expansion à la venue d’une nouvelle génération qui grandit avec Internet et la musique en streaming. Elle s’empare de la culture Hip-Hop et la fait vivre, et le rap devient très vite la musique la plus présente sur les plateformes de streaming. Cette nouvelle manière de consommer, plus rapide et plus accessible que les médiums traditionnels, permet une véritable renaissance du rap après la crise du disque du début du millénaire.

Les industries vont aussi profiter de l’expansion du rap pour faire des ventes, accentuant la popularité du genre musical. Les jeunes sont ceux qui consomment le plus et ils aiment le rap, donc le rap devient vite un gage d’achat. Pour attirer des consommateurs, les marques vont s’allier à des artistes Hip-Hop, à l’image d’Adidas avec Kanye West, ou encore de Nike avec Travis Scott et Hamza. En plus de permettre aux marques d’accroître leurs ventes, le rap peut ainsi jouir d’un regain d’intérêt et d’une grande exposition.

Un essor qui s’explique par la multiplication des propositions artistiques

Une autre raison de l’essor du rap est qu’il est devenu bien plus accessible, moins politiquement chargé : plus mainstream (voir aussi : L’évolution du rap depuis les années 2000 a-t-elle tué le rap mainstream ?). Les propositions musicales se diversifient, le rap n’est plus représenté par un courant unique mais par de multiples branches. Il s’adresse à un public bien plus large et divers, chacun y trouve forcément un élément qu’il aime. Dans les années 2010, cela se caractérise par l’émergence d’artistes comme Orelsan ou Nekfeu, qui produisent une proposition artistique qui réussit à conquérir le grand public. En témoigne leurs nombreuses nominations et succès aux Victoires de la musique.

Cette ouverture à une audience plus large s’accompagne d’une transition dans la vision des rappeurs et rappeuses. Ils ne sont plus considérés comme virulents, voire comme des criminels, comme ça pouvait être le cas dans les années 1990-2000. Cette ouverture permet notamment à plus de jeunes de s’identifier aux textes de rap et de réellement s’approprier le genre, à l’image du rock à ses débuts. Aussi, grâce aux réseaux sociaux entre autres, on connait plus l’humain qui se trouve derrière l’artiste et surtout, les artistes ont plus la possibilité de s’exprimer en dehors de leur musique. On connait désormais les intentions et les raisons de l’écriture de certaines paroles, ce qui permet de mieux comprendre le message que l’artiste veut faire passer. Enfin, la proposition musicale étant plus large, les médias traditionnels sont moins réticents à parler du rap, qui passe de sujet tabou à véritable poule aux œufs d’or.

Le rôle des festivals dans l’expansion du rap

Cette mentalité s’applique aussi aux festivals, qui ont joué un rôle non négligeable dans l’essor du rap. Malheureusement ou heureusement selon les points de vue, ces évènements sont organisés, pour la plupart, dans une optique financière et tentent de séduire une audience toujours plus large, souvent au détriment de la direction artistique initiale. Les festivals veulent attirer du monde, en particulier les jeunes car ce sont ceux qui consomment le plus ; les jeunes aiment le rap : ils vont donc programment du rap. Et si l’on oublie le côté pécunier, cela contribue à étendre la culture Hip-Hop puisque de tels rassemblements d’artistes sont souvent sources de découverte. Seulement, à programmer toujours les mêmes artistes rap qui rapportent, les festivals n’ont plus pour vocation de célébrer une culture particulière et perdent en cohérence artistique.

De nos jours, il existe de nombreux acteurs spécialisés dans la promotion de la culture Hip-Hop, comme le magazine en ligne l’Abcdr du son, la radio Skyrock ou les émissions Grünt. L’année 2023 a aussi été marquée par la première éditions des Flammes, une cérémonie de récompenses dédiée au rap et à ses sous-genres. Elle permet de juger les propositions rap de l’année écoulée par des experts du genre, ou a minima par des auditeurs aguerris, ce qui n’était pas ni le cas, ni la prétention, des Victoires de la musique.

¹ : à noter que The Source lance aussi une cérémonie de remise de prix pour le Hip-Hop en 1994, les The Source Hip-Hop Music Awards Show, dont la dernière édition se tiendra en 2004.

Article écrit pour ORASI




« Notre présence, c’est ce qui leur permet de vivre » : à Lyon, le marché de Noël fait son plein

Par Lou-Marco Crepelle

Le marché de Noël est un élément incontournable du folklore des fêtes de fin d’année. Malgré le contexte inflationniste et un temps peu clément, les habitués du marché de Lyon sont présents comme chaque année, Place Carnot.

Les artisans du stand Lamp’Art assurent leur quatrième venue à Lyon. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Dès la mi-novembre, Noël est dans toutes les têtes, autant pour les enfants que les adultes. Si la période des fêtes est marquée par de nombreuses traditions comme les cadeaux, les décorations ou la bûche, le marché de Noël en fait aussi partie. Installé chaque année Place Carnot, dans le deuxième arrondissement de Lyon, cet évènement bénéficie autant aux exposants qu’aux clients.

Un évènement important pour les commerçants

Cette ambiance de Noël est notamment véhiculée par les exposants présents par ces deux artisans de Gap pour qui c’est déjà la quatrième édition du marché de Noël à Lyon. Pour eux, le marché leur a permis de relancer leur activité. « Nous avions prévu d’arrêter l’activité en décembre dernier, mais au vu du succès des marchés de l’année dernière, nous avons repris ». Et cette année encore, les résultats vont au-delà de leurs espérances. Par exemple, leur article phare, des lampes artisanales qu’ils fabriquent eux-mêmes, se vendent mieux que l’année dernière, bien qu’ils n’aient pas baissés les prix. « Nous n’avons pas ressenti le contexte d’inflation durant cette édition. Les gens achètent toujours autant ».

Les ventes ont même augmenté pour leurs objets artisanaux en provenance des Philippines, leur marbre artisanal du Maroc et leurs figurines en provenance d’Allemagne. « Le marché de Noël représente une grande part de notre chiffre d’affaires, alors voir un tel engouement autour de nos produits bien que nous avions prévu de stopper la production, ça fait plaisir ».

Les habitués sont présents dès l’ouverture du marché de Noël de Lyon. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Le marché de Noël, un lieu d’échange dans l’ambiance de Noël

Si les exposants sont heureux de proposer leurs produits, les passants sont comme chaque année au rendez-vous. Quand j’ai demandé à plusieurs personnes pourquoi elles venaient ici, beaucoup m’ont répondu que c’était pour profiter de l’esprit de Noël. Un passant me confiait aussi pouvoir tisser un vrai lien avec les artisans. « Le marché de Noël, ce n’est pas comme acheter dans un magasin. On prend le temps, on discute avec les vendeurs, c’est ce contact qui est important ». C’est aussi une manière de se retrouver entre amis ou en famille, de partager un bon moment, comme le veut l’esprit de Noël. « Même s’il pleut en ce moment, on tient à soutenir les artisans. Notre présence, c’est ce qui leur permet de vivre ». Si vous n’avez pas encore de cadeaux à mettre sous le sapin pour vos proches, les portes du marché de Noël de Lyon restent ouvertes jusqu’au 24 décembre compris.




L’évolution du rap depuis les années 2000 a-t-elle tué le rap mainstream ?

Par Lou-Marco Crepelle

Depuis les années 2000, où le rap a connu son premier âge d’or, la démocratisation d’Internet et des services de streaming ont bouleversé les pratiques de consommation et de production musicale. Alors que le nombre de propositions artistiques et la demande des consommateurs augmentent, la disparition du rap mainstream (conforme aux standards de la mode) est-elle une supposition légitime ?

Le rappeur belge Damso, l’un de ceux qui fédèrent le plus le public rap francophone. Photo par Lou-Marco Crepelle

Dans les années 1990-2000s, le rap français connait un véritable essor avec les albums iconiques de Diam’s, IAM ou encore NTM (cf. NTM, symbole de la lutte contre le Front national dans les années 2000). Puis dans les années 2000, le rap ne se limite qu’à un seul et même genre dominant, le gangsta rap, directement importé des États-Unis, où la crédibilité et la validation par les pairs est primordiale. Les paroles sont politiquement chargées, souvent contestataires, et cherchent à donner une voix aux jeunes de banlieues. Le rap était aussi reconnaissable à ses voix brutes, non modifiées, qui posent sur des instrumental boom bap, relativement lentes et avec des boucles issues de sample. Enfin, le rap était un mouvement de niche, avec un public très réduit en partie car les albums étaient moins accessibles. La production musicale étant coûteuse, on ne comptait que quelques têtes d’affiche du rap qui étaient écoutées par tous les amateurs de ce genre musical.

Désormais, le paysage rap est divisé en des dizaines de propositions et de styles différents, avec chacun ses représentants et ses étoiles montantes. Il n’existe plus « un » rap, il existe « du » rap. Les rappeurs n’ont plus besoin d’être spécialement crédibles dans leur rôle, et les textes sont moins contestataires, moins fournis en revendications politiques. On retrouve aussi bien des voix brutes que des voix modifiées, autotunées, qui posent sur des productions diverses aux inspirations multiples. Enfin, le rap a séduit un très large public, les albums sont moins coûteux grâce notamment au streaming. La production musicale est elle aussi plus accessible, multipliant le nombre de propositions et de rappeurs.

L’essor d’internet au service du rap

Ces différences majeures entre les deux ères du rap s’expliquent par le développement de trois éléments : Internet, les réseaux sociaux et les plateformes de streaming. L’expansion de ces trois éléments ont conduit à l’ouverture de la musique, et spécifiquement du rap, autant pour les consommateurs que pour les artistes.

Pour les consommateurs, grâce aux plateformes de streaming, le prix pour écouter de la musique a drastiquement diminué, passant d’une dizaine d’euros par album à une infinité d’albums pour le même montant. Et grâce à ce service, la musique est stockée sur un serveur et permet à l’utilisateur d’écouter n’importe quel album, où il le souhaite et quand il le souhaite, ce qui était impensable dans les années 2000. Pour les artistes, plus besoin de signer en major pour publier et promouvoir de la musique. De nombreux logiciels et services permettent aux rappeurs de s’auto-produire et de publier leur musique sur les plateformes de streaming, et ce sans signature de contrat avec de grosses entreprises. Concernant la promotion, elle est directement faite par l’artiste lui-même sur ses réseaux sociaux.

La production et la consommation de musique ont toutes les deux pu augmenter au même moment, ce qui a donné l’explosion du marché que l’on connait. Si 49% de la musique écoutée en streaming en 2022 était du rap selon le Centre National de la Musique (CNM), ce n’est pas sans raison. Et cette croissance fulgurante n’est pas sans effets sur le paysage rap.

Une diversification des propositions qui divise le public

Dorénavant, le rap n’est plus identifiable à une rythmique ou une sonorité précise. Il puise ses inspirations dans plusieurs genres musicaux, en empruntant les codes du rock, du jazz ou de l’électro. Et inversement, la pop ou la variété empruntent des codes du rap. Ainsi, le rap est divisé en de nombreux sous-genres (new wave, hyperpop, drill…) et il est maintenant plus difficile de trouver un artiste qui convient à un public toujours plus éclectique. Aussi, les artistes tentent moins d’être au sommet du rap francophone mais essaient simplement de creuser certaines idées et d’imposer leur style. Il y a donc moins de prétendants au trône.

Cette diversité dans le public rap correspond néanmoins à la diversité de propositions disponibles sur les plateformes de streaming. Cette capacité à autant varier ses écoutes peut conduire le consommateur à moins s’attacher à une seule tête d’affiche mais plutôt à plusieurs artistes. Il n’y a donc plus un roi universel du rap comme cela pouvait être le cas à l’époque de Booba, mais plusieurs rappeurs influents. Ce phénomène est parfaitement illustré par les salles choisies pour les concerts : de plus en plus d’artistes remplissent La Cigale (1 477 places) mais moins parviennent à remplir un Bercy (18 000 places). Il y a donc plus d’artistes moyens (en termes de popularité) et moins de gros artistes.

On peut tout de même retrouver une certaine forme de rap mainstream dans les récentes propositions de Gazo ou de Tiakola, qui se sont entourés de featurings très variés et ont publié des propositions nouvelles pour ainsi satisfaire une grande partie du public rap francophone. D’autres rappeurs tentent de finir en tendance, de devenir mainstream, en profitant de la hausse de popularité offerte par la viralité des réseaux sociaux, en particulier de TikTok. On constate aussi l’effet inverse avec Laylow, qui semblait être destiné à un succès d’estime et qui a su imposer son style et conquérir un public très large. De ce fait, si le rap s’est diversifié ces dernières années, grâce notamment à l’expansion du streaming, il demeure des artistes capables de fédérer une grande partie du public rap, sans pour autant en satisfaire l’intégralité.

Article écrit pour ORASI