Ino Casablanca : une traversée du désert nommée Tamara

Par Lou-Marco Crepelle

Révélé par le clip de Fuck Larr, Ino Casablanca propose pour son premier album Tamara une histoire d’amour à la fois tragique et salvatrice. Un cas classique qu’il ne manque pas de revisiter avec ses propres influences, à la croisée du hip-hop, à la fois nonchalant et percutant, et de rythmiques traditionnelles. Un album où les opposés s’attirent, et où l’esthétique vocale et musicale est soigneusement agencée pour ne rien laisser au hasard.

Comment survivre à une histoire d’amour qui détruit, et à un travail acharné qui nous ronge ? C’est tout le propos de Tamara, premier album d’Ino Casablanca, signé sur le nouveau label LCS Recordz du Chroniqueur Sale. Comme il le confie à Camille Emilie pour Mouv’, « Tamara en darija signifie la pénibilité, la souffrance, la galère. Et j’ai voulu retranscrire ça parce que j’ai beaucoup travaillé, aussi bien dans ma musique que dans mes relations, et que le mot est à la fois joli et dur. » Déjà au premier abord, mais encore plus à la réécoute, on se rend compte que cet album n’est pas qu’une simple compilation de chansons. A travers ces dix titres, Ino nous raconte une histoire, en partie la sienne, dans laquelle il est en proie à de nombreuses interrogations. Des questionnements amoureux d’abord, qui le pousseront à des questionnements plus introspectifs, pour à la fin du disque, nous montrer qu’il est vraiment lui dorénavant. Mais s’il voit du bon œil cette traversée du désert au dénouement de l’histoire, l’intrigue n’a pas exactement la même ambiance.

« Celle dont je parle dans le projet je l’ai oublié à la fin du projet »

Dans Nouvo Groove, un son très dynamique, presque agressif, Ino pause les bases de son histoire. Une histoire d’amour, qui sera complètement derrière lui à la fin de l’album, comme en témoigne la phrase : « Celle dont je parle dans le projet je l’ai oublié à la fin du projet ». Autre élément important, il va conter une histoire d’amour assez classique certes, mais à sa manière, avec sa patte artistique, puisqu’il « ramène ce nouvo groove ».

Après avoir établi la situation initiale, Ino nous présente l’élément perturbateur, cette fille qu’il aime et qui lui fait du mal. Sur Albufeira, le changement d’ambiance est total. On troque les basses saturées et les percussions agressives pour une rythmique acoustique plus traditionnelle, sur fond de mélodies chaude, à l’image de cette ville côtière du sud du Portugal. Pourtant, Ino y chante sa tristesse, quand il constate que celle qu’il aime a changé quand lui est resté le même, et que son comportement toxique le détruit.

J’crois qu’ton rapport au passé m’dégoutait
Tu l’vis comme si c’était au présent
Baby c’était oppressant

Ino Casablanca – Albufeira

En face de ton ego
Mon âme poussait des cris que tu refusais d’entendre

Ino Casablanca – Albufeira

Après avoir plongé dans la mélancolie avec Albufeira, Ino pousse plus loin l’exploration de la douleur amoureuse avec Avant la fin. Cette fois, avec Nensi en featuring, on nous présente aussi le point de vue opposé. Elle interprète une femme changeante, qui dit s’attacher à des hommes vides et mauvais. Et Ino interprète un homme qui souffre par les mensonges et reproche de sa femme.

Je plonge dans le vide
Des cœurs noirs et hasardeux, qui me donnent l’impression de vivre
A chaque nouveau départ, je crois que je peux y survivre
Toi t’arrêteras d’y croire quand tu verras le vrai moi fuir

Nensi – Avant la fin

Pour toi j’ai quelques mots ; pour moi j’garde toute ma rage
Devant tes virages comment faire pour rester calme

Ino Casablanca – Avant la fin

Une situation insolvable qui oblige Ino à couper les ponts pour de bon, malgré le mal que ça lui fait.

Une nouvelle lune où tu m’fais encore des tiennes
Si t’es chelou, j’te quitte y a pas d’mystère

Ino Casablanca – Avant la fin

Mais malgré le souhait de s’en détacher, car il sait que cela lui fait plus de mal que de bien, on comprend sur Oranj que ce n’est pas si facile. Tout le ramène à cette relation, chaque élément de son quotidien devient synonyme de souvenirs et de regrets. Un des morceaux les plus importants du disque puisqu’on peut le comprendre de deux manières, comme un témoignage de ses propres pensées. Mais c’est aussi un témoignage du point de vue opposé, le ressenti de celle qu’il aime, que l’on comprend lorsqu’il conjugue certains mots au féminin. Le morceau prend tout de suite une autre dimension, nous confirmant une nouvelle fois que ces dix titres sont bien plus qu’une simple compilation…

J’espère que tu sais
Que sur mon balcon j’suis là à attendre comme toutes les autres
Que tu toques à ma porte

Ino Casablanca – Oranj

Le son de mes clefs me rappelle qu’j’suis plus chez moi
Mon cœur veut pas y croire

Ino Casablanca – Oranj

« Quand est-ce que j’pense à moi ? »

Après Albufeira, Avant la fin et Oranj, chansons où Ino dépeint une réelle souffrance, une phrase vient casser cet enchainement. La chanson suivante, Fuck Larr, commence par « Les gens sont là, ils font les choses pour eux, et moi j’suis là, quand est-ce que j’pense à moi ». Loin d’être un hasard, cette phrase sonne comme une prise de conscience. Cette relation lui a fait beaucoup de mal, il est temps maintenant de penser à soi et de dire au revoir à son amour.

Et justement, le titre suivant Ciao my love ! sonne littéralement comme un bon vent ! Il s’adresse directement à son ex, dont on ne connait pas le nom, en parlant de son habitude de le traquer et de lui mentir. Etonnamment, il aborde cette rupture plus calmement. Il semble vraiment avoir pris du temps pour penser à lui. On apprend même qu’elle veut le reprendre, et il en parle de manière légère, avec le sourire.

C’est pas si sombre
Mon coeur est rose et fait la fête
Et tu crois m’récupérer avec tes fesses mais non !

Ino Casablanca – Ciao, my love !

J’emmerde ta façon d’aimer
Tu m’as fait croire que j’étais un fou complet mais non !

Ino Casablanca – Ciao, my love !

Cette dernière phrase est une réponse directe à une autre phrase dans Albufeira, où il dit « Tout le monde a remarqué que je suis devenu fou ». On comprend alors que sa copine avait réellement une influence toxique, jusqu’au point de lui faire croire qu’il était fou.

Il sait dorénavant ce qui est bon pour lui et ce qui ne l’est pas, comme il l’explique dans Paraplui, où il règle ses comptes avec les paris sportifs, les filles en soirée et surtout les lepénistes (bien vu Ino). Mais il sait aussi où est ce qu’il va : il veut « être une superstar ». Après avoir mis cet épisode sombre derrière lui, il peut sereinement aborder le futur et reconstruire une aventure sur des bases d’autant plus solides.

« Entre mes mains j’ai hyati »

Ino témoigne de son lâché prise dans Mayet, dans lequel il accepte son passé, mais surtout le commencement d’une nouvelle ère. Comme dans Degrés Fahrenheit, il continue à parler de ses échecs, mais en les mêlant cette fois à de nouvelles expériences, nous confirmant qu’il n’a pas renié son passé mais qu’il a tourné la page, qu’il a sa vie entre ses mains

J’me suis fait à l’idée, j’ai digéré tous nos échecs
Ces pensées parasites, là je change de vie

Ino Casablanca – Degrés Fahrenheit

J’peux pas t’occuper toutes les saisons, j’ai les miennes et j’sais que t’as tes raisons
Entre mes mains j’ai hyati [ma vie], tu l’vois en moi mais j’suis pas ton père

Ino Casablanca – Degrés Fahrenheit

Racaille vient clore l’album, avec un flow qui rappelle celui de Luidji sur Miskine. Ino semble bien avoir avancé depuis le précédent morceau. Dans ce texte plus léger, mais toujours impactant, on apprend qu’il a de nouveau une copine. Cela confirme bien une des premières phrases de l’album : « celle dont je parle dans le projet je l’ai oublié à la fin du projet ».

Si Tamara fonctionne aussi bien, c’est parce qu’Ino Casablanca soigne autant la narration que la production. En s’impliquant dans chaque titre, il construit un univers sonore où chaque émotion trouve son écho musical. Ino est à la production sur tous les titres, accompagné sur la moitié d’entre eux par la guitare et la basse d’OSOMEXICO. Une musique composée à deux, qui garantit une continuité malgré les changements d’ambiances et de registres. La musique seule raconte déjà une histoire, et l’interprétation d’Ino, tantôt chantée, tantôt rappée, apporte une nouvelle dimension à l’histoire. Bien que ce ne soit que son premier album, la proposition est déjà très mature et bien réalisée. L’avenir s’annonce radieux pour cet « homme et demi qui fait les choses », alors montez dans le train tant qu’il est encore temps.




Football – De la frustration à l’extase, le FC Villefranche renverse Aubagne sur le fil

Par Lou-Marco Crepelle

Menés jusqu’à la 88e minute alors qu’Aubagne jouait à 9 contre 11, les Caladois ont renversé le match en inscrivant deux buts dans les derniers instants.

Le capitaine Clément Couturier a offert à la 93e minute un succès précieux au FCVB en Provence. Photo d’archives Laurent Barou.

Aubagne 1 – 2 FC Villefranche

Le banc caladois aura retenu son souffle jusqu’au bout. Son attaque a assiégé une équipe aubagnaise réduite à neuf pendant vingt minutes, sans succès. Kissling, fraîchement entré, débloque enfin la situation avant que Couturier ne parachève le renversement d’une tête victorieuse. Villefranche enchaîne ainsi un deuxième succès de suite, une première cette saison.

Deux expulsions en treize minutes

Mené en première période, Villefranche devait réagir au retour des vestiaires. L’élément déclencheur : un premier jaune pour Tafni (54e) après une faute sur Mroivili. Six minutes plus tard, un tacle mal maîtrisé sur le même joueur lui vaut l’exclusion.

On pense alors qu’Aubagne peut tenir son avantage, même en infériorité. Eddy Cardillo, entraîneur intérimaire après l’éviction de Maxence Flachez en début de semaine, fait rentrer Khetir, pour dynamiser son équipe. Mais son engagement excessif lui vaut un premier avertissement pour une semelle sur Gomes (65e), puis un second sur Abou Ba (67e), laissant son équipe à neuf.

Dès lors, le FCVB a toutes les cartes pour égaliser. Pourtant, pendant vingt longues minutes, Villefranche bute encore et encore, malgré une avalanche d’occasions. Souvent, l’attaque caladoise manque de réussite et d’application à la finition face à une défense aubagnaise au souffle court. Il faut attendre la 88e minute et un centre parfait de Negouai pour que Kissling, d’une reprise en une touche, trouve enfin la faille face à Gil, impérial jusque-là. Mais Villefranche en veut plus. Dans le temps additionnel, Diakité sert Couturier, qui place une tête imparable et scelle une victoire in extremis.

A Aubagne, Villefranche bat Aubagne 1-2 (1-0). Buts pour Villefranche : Kissling (88e) et Couturier (90+3). But pour Aubagne : Benhattab (38e). Cartons jaunes pour Villefranche : Gomes (37e), Rocchia (85e), Couturier (90+1). Cartons jaunes pour Aubagne : Mouton (25e), Tafni (54e, 60e), Khetir (65e, 67e).

Article rédigé pour LE PROGRÈS




Football – Villefranche veut confirmer l’embellie à Aubagne

Par Lou-Marco Crepelle

Épatants vainqueurs du leader Nancy (2-0) la semaine dernière, les Caladois se déplacent avec des intentions à Aubagne, un adversaire qui les avait battus au match aller.

Le latéral caladois Maxime Bastian, ici au duel face à QRM.  Photo Laurent Barou.

Ce vendredi, Villefranche se déplace à Aubagne pour la 21ᵉ journée de National 1. Alors que la saison est entrée dans sa deuxième partie, l’issue du championnat reste incertaine. Le FCVB (14e) est encore en équilibre précaire avec quatre unités d’avance sur la zone rouge.

Les Caladois aborderont cette rencontre avec l’ambition de confirmer leur bonne dynamique après leur victoire 2-0 contre le leader Nancy la semaine dernière. Un succès précieux, mais que l’entraîneur Laurent Combarel refuse de considérer comme un tournant : « Cela ramène un peu de confiance, d’équilibre, de calme. Les joueurs sont contents mais ne sont pas dupes, ils savent que ce n’est qu’un match. Si on enchaîne les victoires, on pourra parler d’effet positif, mais pas pour le moment. »

Avec huit recrues arrivées lors du dernier mercato, le FCVB s’est offert autant de nouvelles options tactiques. Des renforts déjà « bien intégrés et concernés », selon Combarel. Malgré ces atouts, l’entraîneur devra composer avec un effectif réduit, plusieurs joueurs étant touchés par des blessures et maladies.

En face, Aubagne (7ᵉ), qui vient de se séparer de son entraîneur l’ancien lyonnais Maxence Flachez, espère rééditer sa performance du match aller à Chouffet (0-1), sa seule victoire à l’extérieur cette saison. À domicile, en revanche, les Provençaux sont solides, n’ayant concédé que deux défaites. Un défi de taille attend donc Villefranche, qui devra faire preuve de caractère pour s’imposer.

Article rédigé pour LE PROGRÈS

Ex de l’OL, Maxence Flachez remercié par Aubagne avant le match contre Villefranche

Malgré un excellent début de saison et des ambitions affichées de montée en Ligue 2, l’entraineur d’Aubagne Maxence Flachez (52 ans), ex défenseur de l’OL, a été remercié ce mardi, à trois jours de la réception de Villefranche en National.

Le président du club, Lionel Jeanningros, a justifié cette décision par « une cassure avec le groupe », dans une déclaration à La Provence.

Maxence Flachez, a perdu son poste d’entraîneur d’Aubagne.  Photo Catherine Aulaz.

Surpris, l’entraîneur caladois, Laurent Combarel a réagi : « J’adresse un petit clin d’œil à Maxence Flachez, il a fait un très bon parcours pour un club promu. C’est une décision surprenante. » Combarel se veut prudent avant le déplacement de son équipe, suite à ce changement : « Dans ces cas-là, il y a toujours un électrochoc. Il faudra qu’on soit d’autant plus préparés. On a vraiment à cœur de rattraper les points perdus à domicile contre cette équipe en début de saison (0-1). »

Article rédigé pour LE PROGRÈS




Silver Euroleague : Entre ferveur et défi, le volley assis en quête de reconnaissance

Par Lou-Marco Crepelle

Ce week-end, le Petit Palais des Sports de Gerland accueille la Silver Euroleague de volley assis. L’Asul Lyon, qui organise le tournoi, s’est frottée à cinq équipes internationales, dans une atmosphère aussi électrique que bienveillante.

L’équipe de l’ASU Lyon a gardé le sourire malgré ses quatre défaites.  Photo Lou-Marco Crepelle.

Entre les murs du Petit Palais des Sports, l’ambiance est au rendez-vous, avec des tribunes quasi-pleines à chaque rencontre de l’équipe locale. Très concentrés dans leurs matchs, les joueurs de l’Asul n’hésitent pas à haranguer la foule, qui leur répond avec des chants sur fond de grosse caisse. Un accueil chaleureux, c’est également le ressenti de Kevin Tann, joueur anglais pour l’équipe des Sitting Ducks. « Il y a très peu de supporters au Royaume-Uni, la discipline n’y est pas aussi populaire. Ici, il y a carrément plus d’ambiance ! (rires) »

Malgré des avancées, le volley assis cherche sa place

Si le Petit Palais des Sports jouit d’une bonne ambiance, il bénéficie également de bonnes installations. Vincent Marié, l’un des joueurs asulistes, relève les efforts de la fédération pour fournir du matériel à la hauteur de l’événement. « Recevoir la Silver Euroleague, c’est une grande fierté. Cette année, on a deux beaux terrains, on a repris le matériel de Paris 2024, et on a plusieurs caméras. Quand on voit que la fédération nous soutient autant, ça donne envie de s’investir ». Des infrastructures « bien plus développées qu’au Royaume-Uni » selon Kevin Tann, qui salue l’accueil et l’organisation de la fédération française.

Si les installations sont à la hauteur, le spectacle l’est tout aussi. Avec les mêmes règles que le volley classique, le volley assis n’en est pas moins impressionnant. Avec un filet à 1,15 m et un terrain plus petit (10 x 6 m), le volley assis impose aux joueurs, qu’ils soient handicapés ou valides, de toujours garder un contact avec le sol et de se déplacer en glissant, rendant le jeu particulièrement rapide. Malgré un coup de projecteur après les Jeux Paralympiques de Paris 2024, la discipline reste assez peu médiatisée.

« Ce qu’il nous manque, c’est de la communication. Sur le tournoi de ce weekend, il y en a eu mais à très petite échelle, il faudrait que ça se développe encore plus sur les réseaux sociaux et dans les médias. Dès qu’on va en parler, ça va attirer plus de public, de financements et de sponsors » explique Vincent Marié. « On prend quand même beaucoup de plaisir ! Et on espère pouvoir le redonner à nos supporters ! »

Au-delà des compétitions internationales comme celle-ci, les Asulistes, battus quatre fois 3 sets à 0 ce samedi, jouent aussi en championnat national. Le 9 mars prochain, ils affronteront l’équipe des Pays Voironnais au Petit Palais des Sports.

Reportage réalisé pour LE PROGRÈS




Pieds nus et sans limites, Gen trace sa route avec Barefoot

Par Lou-Marco Crepelle

Après une trilogie d’EP prometteuse étalée sur plus de deux ans, il est enfin tant pour Gen de livrer son premier album Barefoot. Le titre, clin d’œil direct au manga Hadashi no Gen (Gen aux pieds nus) qui lui a inspiré son nom de scène, annonce un dix titres brut et bruyant. Un disque à la direction claire, qu’il défendra sur scène à La Maroquinerie le 5 avril prochain.

En sortant son premier album le 31 janvier, Gen semble avoir pris de bonnes résolutions pour l’année à venir. Celui qui s’est fait connaitre par des cours formats clos un chapitre de sa discographie pour en ouvrir un nouveau, tout aussi excitant et imprévisible.

Avec Barefoot, Gen affine son univers musical

Après les différentes expérimentations qui parsèment la trilogie Dog Day (2022) – Gennifer (2023) – Fidel (2024), on pouvait légitimement se demander quelle serait la direction artistique pour les disques suivants. Et d’un autre côté, cet espèce de laboratoire à ciel ouvert lui correspond plutôt bien.

Sur Barefoot, Gen choisi de garder cet aspect touche-à-tout, avec tout de même une direction encore plus électronique qu’auparavant. On retrouve un mélange brut entre instruments acoustiques et électroniques, une combinaison déjà présente sur la trilogie précédente. Cette patte électronique est encore plus accentuée, avec des sons issus de vieux VST, de vieux synthés comme dans November ou je déteste la musique.

Si les productions paraissent à la fois variées et cohérentes, c’est grâce au talent de San Juliet et Med Banger, deux beatmakers qui accompagnent le rappeur depuis maintenant trois ans. Avec cet album, Gen nous prouve qu’il a définitivement abandonné les productions conventionnelles et les formats bien calibrés pour tracer sa propre route. Ce besoin de casser les normes se ressent dès le titre, « pieds nus », et jusque dans les visuels, à l’image du clip de Comme la roue.

« Mon rap c’est pour les bons les mauvais, mon rap c’est le pont »

Cette absence de barrières, on la ressent également dans l’interprétation de Gen, qui mélange habilement rap et chant. Dans Barefoot, Gen porte un regard critique sur notre société, avec des phases percutantes comme dans Drunk :

Quand on leur coupera la tête, faudra pas tourner la tête
GEN, j’ai vraiment l’mort que Trump ait tourné la tête

Gen – Drunk

Il parle également d’amour, un thème qui lui tient à cœur depuis Gennifer, comme dans November ou Comme la roue : « Ma meuf, c’est un canon, elle traine un boulet » ; « Je rappe la fleur de peau, elle pleure des bouquets de larmes. Je rappe droit dans ses yeux, avant, elle doutait de oi-m ».

Si Gen évolue souvent en solitaire, il s’entoure parfois d’artistes triés sur le volet, comme en témoigne le seul featuring de l’album. Le rappeur Tuerie, connu pour appartenir au label Foufoune Palace de Luidji, interprète le refrain de Plus rien, un des morceaux les plus marquants dans lequel Gen évoque la mort.

Je ne sens plus rien
J’ai oublié comment on danse depuis qu’t’es dans le ciel

Tuerie – Plus rien

Si ça t’fais du bien, nargue-moi depuis le ciel, regarde-moi pleurer du sel
Regarde comme je rappe bien, quand est-ce que tu r’viens ? Quand est-ce que t’arrêtes le zen ?

Gen – Plus rien

Tangerine, dernier titre de l’album, sonne réellement comme un générique de fin, dans lequel Gen dépeint un constat nostalgique et mélancolique sur une mélodie pourtant positive.

J’refais ma Boule Noire, des rayons d’soleil aux intempéries
Refais l’film à l’envers, du iPhone au BlackBerry
La galère, c’est une bactérie, j’arrive pas à guérir 

Gen – Tangerine

Un contraste saisissant, comme si la vie n’était que désillusion. Une idée déjà présente dans de précédents sons, comme sur Fidel, où Gen nous répétait : « j’peux pas m’empêcher de rapper la fin du monde ».

Avec Barefoot, Gen s’émancipe des formats classiques pour embrasser un univers plus libre, comme il le faisait déjà sur ses précédents disques. Un mélange de couplets rappés sur des productions électroniques, c’est ce qui attend les chanceux qui se rendront à La Maroquinerie le 5 avril prochain.




Football – Coupe Gambardella : Saint-Priest a frôlé l’exploit face à Nice

Par Lou-Marco Crepelle

Après avoir mené 3-1 à dix minutes de la fin, Saint-Priest a été rejoint et battu aux tir au but.

L’équipe U18 de Saint-Priest a été valeureuse. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Saint-Priest 3 – 3 Nice (1 – 4)

Quand Nice a inscrit le tir au but victorieux, les joueurs de Saint-Priest se sont écroulés sur le terrain, la tête entre les mains. Les San-Priots sont passés tout près d’un exploit historique qui aurait pu les propulser pour la première fois en 8e de finale de la Coupe Gambardella.

Dans un stade Jacques Joly où des centaines de supporters sont venues les encourager, les San-Priots, équipe de Régionale 1, ont fait plus que jeu égal avec Nice qui évolue en championnat national. « On a été dominant en première mi-temps sur pratiquement tous les domaines tactiques, il y a beaucoup de positif à tirer de ce match. On aurait aimé aller plus loin évidemment, mais on tombe les armes à la main avec cette défaite aux tirs au but. Ce sont des bons gamins qui travaillent au quotidien et qui font ça avec le cœur. Je suis fier d’eux, ils ont montré qu’ils avaient le niveau pour jouer en U19 national » retient l’entraineur Joseph Gérard.

Plusieurs centaines de spectateurs étaient présents au stade Jacques Joly pour encourager les San-Priots. Photo par Lou-Marco Crepelle.

Le gardien niçois stoppe deux penalties

Malgré le froid glacial, la température est vite montée sur le terrain où Saint-Priest ouvre le score au quart d’heure de jeu sur penalty. Les locaux ont la possession mais Nice égalise juste avant la pause. Malgré une domination niçoise en seconde période, les sangs et or inscrivent deux buts en cinq minutes (71e, 76e), dont une superbe frappe de Saada en pleine lucarne. L’euphorie va hélas rapidement retomber lorsque Nice marque à deux reprises pendant les dix dernières minutes. Le premier penalty arrêté par le gardien niçois va faire l’effet d’une nouvelle douche froide, tandis que son deuxième arrêt, sur le troisième tir des locaux, vient définitivement anéantir les espoirs de Saint-Priest. « On est tombé contre un adversaire de qualité, une équipe valeureuse », a rendu hommage Julien Sablé, le coach niçois.

A Saint-Priest, Nice bat Saint-Priest 4-1 aux tirs au but (1-1, 3-3). Buts pour Saint-Priest : Saada (17e, 76e), Djelloul Bencherif (71e). Buts pour Nice : Bouard (44e), Morana (78e) Mason Telusson (88e).

Reportage réalisé pour LE PROGRÈS




Friperie Minimaxxx : « Notre objectif, c’est aussi de préserver les achats coups de cœurs »

Par Lou-Marco Crepelle

Du 10 au 15 décembre, la friperie Minimaxxx prend place au Boomrang (Lyon 3ème). Un stock géant avec des vêtements maximum 10€ pièce, une consommation plus responsable mais toujours pour se faire plaisir. Avec Camille et Manon, retour sur les enjeux d’un tel évènement.

La Friperie Minimaxxx propose des articles de tout type et de tout style : manteaux, chaussures, cravates… Photo par Lou-Marco Crepelle

Des vêtements dans tous les sens, presque sur les murs et à même le sol. On a presque du mal à se frayer un chemin dans ce dédale d’habits. Voici ce qu’on ressent lorsque l’on entre au Boomrang (Lyon 3ème). S’il est aussi connu pour ses soirées concerts et expositions photos, le Boomrang accueille cette fois Minimaxxx, une entreprise qui organise des friperies à Lyon et à Paris. Des évènements en faveur d’une consommation plus responsable, mais toujours une consommation du plaisir. Camille et Manon, responsables de la friperie, nous explique les objectifs de l’entreprise.

Minimaxxx, la volonté de se détacher du circuit classique

« Il y a une vraie prise de conscience dans le fait que les entreprises de fast fashion type Zara, H&M et autres produisent de la mauvaise qualité en grande quantité. Alors la seule réponse possible pour préserver le pouvoir d’achat des clients, c’est de proposer des vêtements de seconde main à petits prix. » Le marché de la seconde main et du upcycling est en plein essor ces-dernières années. L’une des raisons pour Camille et Manon, c’est bien-sûr la hausse des prix. Bien s’habiller devient plus cher, alors les consommateurs se tournent vers des produits déjà portés, comme ceux que vendent les friperies Minimaxxx.

Camille est responsable de la friperie durant toute la semaine, mais intervient aussi sur d’autres évènements de Minimaxxx tout au long de l’année.
Photo par Lou-Marco Crepelle

Acheter en préservant le côté coup de cœur

Une des conséquences de la hausse des prix, c’est aussi la diminution des impulsifs. Les consommateurs font plus attention à ce qu’ils achètent, et peuvent parfois restreindre certaines envies pour des raisons financières. Et c’est là que Minimaxxx rentre en action. « Notre objectif, c’est aussi de préserver les achats coups de cœurs. C’est aussi pour ça qu’on ne propose que des choses à maximum 10€, c’est pour que tout le monde puisse venir, sans restriction financière ou presque, en se disant « si je tombe sur qqch qui me plait je suis sûr de pouvoir l’acheter ». » L’objectif pour Minimaxxx est aussi de remettre au goût du jour les « vraies friperies », avec des articles de seconde main qui n’ont plus la valeur de la marque ou de la mode qu’ils peuvent avoir en magasin. Grâce à cette démarche, Camille n’invite pas les clients à surconsommer sous prétexte que les prix sont faibles, mais simplement à acheter le vêtement pour ce qu’il reste, un simple vêtement.




Santé en France : Un budget à l’économie qui inquiète la profession

Par Lou-Marco Crepelle & Nathan Beltron

L’Assemblée Nationale examine actuellement le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale et de la Santé. Un moment crucial pour le personnel soignant qui manque déjà d’effectif et de ressources, alors que le gouvernement prévoit cinq milliards d’euros d’économie.

© Spotmatik/IStock/Getty Images

Après le secteur de l’éducation, celui de la santé risque de faire les frais de la situation économique tendue en France. Parmi les nombreuses branches du budget 2025, l’exécutif a pour objectif a pour objectif d’économiser cinq milliards d’euros dans la branche maladie. Une économie qui se traduira par une réduction des dépenses liées aux médicaments, aux laboratoires d’analyse et aux arrêts maladies, mais aussi par une intensification de la lutte contre la fraude.

Une mesure concrète pour faire des économies est la diminution de la prise en charge de l’assurance maladie. Une disposition en ce moment étudiée par le gouvernement. Par exemple, une consultation chez le médecin est actuellement remboursée à hauteur de 70% du prix total par l’assurance maladie, le reste par la mutuelle (si on en a une). Avec ce projet de loi, l’assurance maladie ne rembourserait plus que 60% du prix total, ce qui risque de faire grimper le tarif des mutuelles, puisqu’elles devront rembourser 40% du prix total et non 30%. L’État fait des économies, mais pas le privé ni les consommateurs.

Des mesures d’économie dans une situation réelle déjà tendue

D’autres mesures à l’étude auront des impacts plus directs sur les établissements de santé. De quoi inquiéter le personnel soignant déjà en sous-effectif et en manque de ressources. C’est en tout cas l’avis que partage Marie*, infirmière en service hospitalier depuis 25 ans, qui a vu la situation se dégrader : « Beaucoup de services ferment déjà par manque de personnel. Si on ajoute à cela le vieillissement de la population des soignés et des soignants – dû en partie au Numerus Clausus de 1971 – le manque de considération, et maintenant les économies à faire, c’est la fin du système de santé français, qui est pourtant une grande fierté. »

« Il faut une prise de conscience sociétale de la nécessité que chacun fasse pour la société, et non d’attendre que la société fasse pour chacun. Comme pour le climat, on n’est plus dans l’urgent mais dans le palliatif. »

Il est toutefois encore permis d’espérer une amélioration, avec l’arrivée de personnel soignant d’une nouvelle génération qui a grandit avec ces enjeux : « On va faire comme on a toujours fait, se relever les manches et espérer avoir bien éduquer nos enfants. La nouvelle génération fait preuve d’une créativité capable d’inverser l’évolution, ce qu’on avait pas su faire jusqu’à maintenant.

Article rédigé pour What’s Going On #3




DJ Mehdi, le génie entre rap et électro : conversation avec Chaze sur son influence mondiale

Par Lou-Marco Crepelle & Nina-Lou Jacquet

S’il n’est pas explicitement cité dans les crédits des chansons qui sortent de nos jours, DJ Mehdi y a néanmoins laissé une trace. C’est sa débrouillardise, son talent et sa passion qui le font passer de musicien amateur à véritable génie du rap et de l’électro. En constante réinvention, il collabore notamment avec 113 et la Mafia K’1Fry pour le rap, et avec les Daft Punk et Justice pour l’électro. Avant la création du label Ed Banger, aujourd’hui internationalement reconnu, il créé son propre label « Espionnage ». Le nom et le logo, DJ Mehdi les doit à Chaze, graffeur hors pair et musicien d’électro. La rédaction a eu la chance de revenir avec lui sur cette période sacrée de la musique française.

Affiche promotionnelle du documentaire DJ Mehdi : Made In France. Crédits : Arte

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rapport à la musique ?

J’ai découvert le graffiti à Paris à la fin des années 80. À cette époque, le rap était étroitement lié à la culture graffiti, c’était la bande-son de cette scène. Par la suite, en 1997, j’ai commencé à travailler chez «Chronowax», un distributeur de vinyles. C’est là que j’ai rencontré Mehdi, puisque nous distribuions les disques de son label, Espionnage. C’est également à ce moment-là que je me suis intéressé à la production musicale et que j’ai commencé à produire mes premiers morceaux. Depuis, la musique fait partie intégrante de ma vie, et j’en produis encore aujourd’hui.

Vous avez travaillé avec DJ Mehdi, notamment sur la création du logo de son label, Espionnage. Quel était votre lien avec lui, et pourquoi était-il important pour vous de réaliser ce logo ?

En fait, c’est moi qui lui ai proposé de nommer son label «Espionnage», et c’est tout naturellement que j’ai conçu le logo ensuite. Nous étions assez proches, mais pas vraiment des amis intimes. J’ai dû passer chez lui deux ou trois fois, mais rien de plus.

Comment avez-vous perçu la transition de DJ Mehdi vers l’électro, sachant que vous êtes un fervent défenseur du rap ?

Je pense que c’était une excellente chose, à la fois pour la musique en général et pour le rap français, qui avait besoin de s’ouvrir davantage. A cette époque, beaucoup de rappeurs français se basaient sur ce que faisait les rappeurs mainstreams américains, je pense qu’il leur a apporté un certain « grain de folie ».

DJ Mehdi a beaucoup évolué vers l’électro, comme on le voit sur des morceaux tels que «Ouais Gros» de 113 ou «Naja» sur Espion Le EP. Ses voyages, notamment à New York, ont-ils contribué à enrichir la scène électro française ? Cette ouverture a-t-elle aussi aidé l’électro à s’imprégner du rap ?

Il a clairement apporté sa propre touche en tant que producteur de rap. Le mélange des deux genres, rap et électro, créait une sonorité vraiment unique, même si aux États-Unis, ces fusions existaient déjà depuis longtemps. Cependant, il a su y ajouter la « French touch » électro.

Dans le documentaire, plusieurs artistes évoquent l’héritage de DJ Mehdi après sa disparition. Selon vous, en quoi son influence impacte-t-elle encore aujourd’hui les artistes à l’échelle internationale ?

Je pense que ce documentaire va vraiment aider à faire connaître DJ Mehdi à l’international. Malheureusement, il n’a pas eu le temps de laisser une empreinte aussi forte qu’il aurait pu au-delà des frontières françaises.

Dans les séquences où l’on voit des images de ses concerts à l’étranger, on sent un engouement incroyable pour ses performances. Qu’est-ce qui, selon vous, dans sa musique, plaisait tant à des publics de pays différents ?

Mehdi était un excellent DJ. Il avait un feeling naturel avec la musique et savait instinctivement comment faire vibrer les foules.

En tant qu’artiste, la manière dont DJ Mehdi concevait et produisait la musique vous a-t-elle influencé dans votre propre travail ?

Il fait partie de ceux qui m’ont donné envie de produire de la musique. C’est probablement l’influence la plus forte qu’il a eue sur moi.

Interview réalisée pour What’s Going On #1




Golden Coast à Dijon : le nouveau festival 100% Hip-Hop fait la part belle à la jeunesse

Par Lou-Marco Crepelle

Ce 13 et 14 septembre, l’agglomération dijonnaise accueillait la première édition du Golden Coast, un festival à la programmation exclusivement Hip-Hop. Une occasion de mettre en avant les nouvelles têtes du paysage rap.

Tif et son public en véritable communion sur la Zero Gravity Stage. Photo par Lou-Marco Crepelle

Devenir le plus gros festival français à la programmation 100% Hip-Hop, telle est l’ambition du Golden Coast. Et pour y parvenir, les organisateurs du festival dijonnais ont misés sur des têtes d’affiche, comme SCH ou Booba, mais surtout sur de nombreux rookies ayant su séduire les plus de 50 000 festivaliers.

Un immanquable du vendredi soir était le concert de La Fève, qui ne cesse d’impressionner à chaque concert. Certains ne sont venus au Golden Coast que pour le voir, à l’image de Matteo, un festivalier venu de la région lyonnaise. « C’est vraiment la superstar du moment, je l’ai déjà vu à Lyon mais je ne pouvais pas louper une deuxième mi-temps. » Pendant près d’une heure, c’est un rap très américain, aux influences de la trap d’Atlanta notamment, qui a fait vibrer la Zero Gravity Stage. Un show grandiose marqué par la montée sur scène d’un fan, Zoltan, qui a pu performer le titre le plus célèbre du rappeur, « Mauvais Payeur ». Un engouement pour La Fève qui n’est qu’à l’aube de son succès.

 Le samedi après-midi, Tif était de la partie, avec son rap aux rythmiques algériennes inspirées du raï et du chaabi. Si sa prestation était très attendue, elle l’a été doublement. En effet, le concert a été amputé à la suite de problèmes techniques. Malgré les quarante minutes d’attente, le public, largement au rendez-vous, a pu célébrer avec Tif et sa bande de musiciens un des moments forts du festival.

Pour clôturer en beauté, Lesram avait la lourde tâche de performer après l’évènement Booba. D’un rap connu de tous, on bascule à un Hip-Hop plus underground, rythmé par des batteries percutantes et des textes techniques. Alors que la température extérieure avoisine les cinq degrés, la tension monte devant la Cargo Stage. Lesram livre alors une prestation qui séduit tous les amoureux de textes bien rappés, avec des rimes et des double-sens incisifs. Un spectacle mémorable qui clôt ce weekend de fête, dont la deuxième édition est déjà annoncée pour l’année prochaine.