Face à la montée du RN, les étudiants lyonnais s’organisent : « Combattre par les mots, pas par la violence »

Par Lou-Marco Crepelle

Avec 102 agressions de la part de l’extrême droite radicale à Lyon entre 2010 et 2025 selon Rue89Lyon, les idées portées par l’extrême droite continuent de gangréner la ville. Pour y faire face, de nombreux étudiants lyonnais s’organisent. À Lyon 3, université réputée pour sa diversité politique, la mobilisation prend des formes multiples, entre engagement syndical et parcours individuels d’émancipation.

L’Union Étudiante a organisé une collecte alimentaire en novembre 2025 dans le 8e arrondissement.
Photo fournie par l’association Union Étudiante.

Avec 28 096 étudiants accueillis l’année dernière, l’Université Jean Moulin Lyon 3 est un lieu privilégié de lutte sociale, avec des profils issus de tous les milieux. En cette période de partiels, tous les étudiants croisés affichent un stress certain, apportant une tension palpable à mesure que l’on déambule dans les couloirs. À Lyon 3, cette tension se traduit aussi par des divergences politiques entre les étudiants et pour cause, l’université abrite sept unions d’étudiants différentes. Mais depuis la dissolution du groupe « Jeune Garde Antifasciste » en juin dernier, critiqué pour ses actions violentes, le rôle des étudiants dans la mobilisation devient encore plus important.

L’extrême droite, c’est quoi ? Si la définition du terme « extrême droite » n’est pas arrêtée, les travaux du politologue Jean-Yves Camus permettent d’en définir les concepts. Cela regroupe « une conception organiciste de la communauté, dont la base est l’ethnie, la nationalité ou la race », la considération des « différences culturelles et religieuses entre groupes vivant sur un même territoire comme un risque de désordre, générant une peur de la disparition de la nation », et « l’utopie d’une société fermée, seul cadre possible selon eux d’une renaissance par régénération de la communauté nationale. »

L’Union Étudiante s’organise contre l’extrême droite

Pour beaucoup, les 21,49 % de voix du Rassemblement National aux dernières législatives (2024) ont renforcé leur engagement. C’est le cas d’Alexandre, 20 ans, étudiant à Lyon 3, qui a fait le choix de se syndiquer à l’Union Étudiante et d’agir par le biais d’une action collective. « À l’échelle de la fac, on se présente aux différents conseils pour se faire connaître et mobiliser la jeunesse, on distribue des tracts et on s’associe à d’autres associations pour tenir des conférences. En dehors, on est présent lors des manifestations, on organise des soirées stick – destick pour décoller les stickers des groupes d’extrêmes droites. »

Si l’Union Étudiante mène des actions contre l’extrême droite, elle s’organise aussi pour se mobiliser en faveur de ses propres valeurs. Cela s’illustre à travers des collectes et distributions alimentaires, ou de l’aide aux étudiants étrangers. Et lorsqu’il parle de ses motivations, Alexandre insiste sur le fait que cela relève du bon sens. « L’extrême droite selon moi prône la haine et le rejet de l’autre, en banalisant de plus en plus le racisme, la xénophobie ou encore l’homophobie. Lutter contre l’extrême droite, c’est lutter pour vivre dans un monde où tu peux être qui tu veux sans risque d’être jugé différent. »

Créée en 2023, l’Union Étudiante est une association intersyndicale nationale qui compte plusieurs groupes locaux, dont un particulièrement actif à Lyon. L’organisation lutte en faveur de la qualité de vie des étudiantes et de l’écologie, et contre le racisme, le sexisme, l’intolérance religieuse et toutes les formes d’oppression. L’Union Étudiante est désormais présente dans 51 établissements en France et va privilégier les actions sur le terrain à travers une organisation horizontale.

Martin : « J’ai grandi avec l’idéologie d’extrême droite, aujourd’hui je la combats »

L’engagement politique peut se traduire par une mobilisation collective, à travers les associations ou les manifestations. Mais beaucoup d’étudiants mènent une lutte plus discrète, non pas issue d’une mouvance collective mais d’une recherche intérieure profonde. C’est ce que nous confie Martin* dans la cours de Lyon 3, en fermant son ordinateur décoré de stickers antifascistes.

Si aujourd’hui, il sensibilise ses proches aux dangers de l’extrême droite, c’est justement parce qu’il les connaît bien. « Je suis issu d’une famille populaire de banlieue, qui prônait les idées de l’extrême droite. C’est donc naturellement que je les ai assimilées, je n’ai pas eu un habitus de classe qui me permettait de remettre en question ce que j’entendais. Mais après ma socialisation au lycée, j’ai réalisé que l’extrême droite n’était pas dans mes valeurs, que la haine des autres était inutile. »

Quand on lui demande pourquoi selon lui sa famille suivait le courant de l’extrême droite, alors même qu’ils étaient issus d’une classe populaire méprisée par ce même courant, il sourit. Pour lui, c’est justement parce qu’elles n’ont pas le bagage culturel et politique pour émettre un esprit critique sur ces idées. L’émancipation doit alors venir des personnes elles-mêmes, par leurs propres recherches. « C’est bien parce que j’ai été partisan de certains de leurs discours que je veux les combattre. Avec le recul sur ma situation, je vois comment ils alimentent la haine, et utilisent la faiblesse, la naïveté et le désespoir des personnes précaires pour les convaincre. »

L’un des principaux objectifs de Martin, notamment par ses études, est d’informer au mieux sur les méfaits de l’extrême droite pour combattre cette idéologie par les mots et les faits, plutôt que par la violence et la manipulation. « Dans la vie de tous les jours, ça passe par participer aux manifestations contre ces idées, par informer au mieux ses proches, et de promouvoir les médias indépendants de toute pression fi nancière et politique. » La lutte contre l’extrême droite n’est donc pas l’affaire d’un coup d’éclat, mais d’une lutte quotidienne pour promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité, plutôt que la répression, le déséquilibre et la division.

*prénom de substitution

Reportage réalisé dans le cadre d’une épreuve certificative de mon bachelor de journalisme à l’ISCPA Lyon.

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